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Water trade
in the age
of global
disinformation

As we are all subject to misinformation,
Canadian water
may become
another occasion
for our
governments to
try to manipulate
us.

With 20 percent
of the world's
water resources,
Canada will
certainly be
subjected to
pressures to share
this essential
resource, not
with people but
with whatever
transnational
corporation is
interested.

Indeed, under
article 11 of the
FTAA, all
restrictions a
government
imposes on
foreign
corporations must
also be imposed
on local
corporations. 

We could very
well be told that
privatisation of
water is simply
the logical next
step. However,
because water is
essential to life,
we must
remember that it
should not be
uniquely
subjected to
economic and
commercial
considerations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ZLÉA à Québec
20-22 avril, 2001


(photo: Dru Jay)

Le commerce de l’eau
à l’heure de la
désinformation globale

Guy Laflamme
Conseil des Canadiens (Membre du chapitre de Frederiction) 
Août 2001

 

eux et celles qui ont manifesté contre la ZLÉA à Québec ont sûrement été estomaqués d’entendre les résultats d’un sondage réalisé dans la région de la Vieille Capitale sur le travail des policiers durant le Sommet des Amériques. Chose surprenante en effet pour quiconque était sur place, la majorité des répondants s'est dite satisfaite du travail accompli par les forces de l’ordre. Résultats plutôt aberrants quand on pense aux nombreuses arrestations « préventives », aux journalistes atteints intentionnellement par des balles de caoutchouc, aux conditions de détentions inacceptables, à cette utilisation surréaliste des gaz lacrymogènes et des gaz poivrés, à ce branle-bas de combat digne d’une oligarchie paranoïaque … Comment peut-on être satisfait de cela!? Est-ce à dire que la majorité de la population tend vers la droite et soutient la mise en œuvre d’un système répressif pour écraser toute menace contre l’État et ses alliés corporatifs?

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La ZLÉA à Québec

20-22 avril, 2001
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(photo: Dru Jay)

Les résultats de ce sondage ne prouvent en fait qu’une chose : les gens qui y ont répondu ont pour la plupart suivi le Sommet à la télévision. Ils ont vu ce qu’on a bien voulu leur montrer, on leur a laissé entendre ce qu’on voulait bien. Et pour une fois, nos politiciens ont bien fait leur travail. Ils en arrachent souvent lorsqu’il est question de gestion des fonds publics, mais sur le plan de la désinformation de masse, il faut avouer que l'équipe de Jean Chrétien est parmi les meilleures que le Canada ait jamais eues. Celles des gouvernements des autres pays de la ZLÉA ne s’en tirent pas trop mal non plus. Il fallait les entendre à la clôture du Sommet parler de démocratie et défendre les intérêts de la veuve et de l’orphelin. À en croire le discours officiel, si nos chers élus cherchent à conclure un accord de libre-échange sous l’égide des grandes corporations, c’est au fond pour venir en aide aux plus démunis. Et ceux qui s’opposent à la ZLÉA, ce sont en fait des égoïstes qui refusent de partager avec les moins bien nantis. Ces énoncés ont beau être loufoques, ceux et celles qui puisent leur information uniquement dans les grands médias n’ont toutefois aucune raison de les mettre en doute.

Cette salade, on nous la sert d’ailleurs à toutes les sauces. Ainsi nous raconte-t-on que les OMG constituent la planche de salut du tiers monde. Vous ignoriez à quel point Monsanto est préoccupé par le sort de l’humanité? Vous ne saviez donc pas que l’objectif ultime de la biotechnologie est de mettre un terme à la faim dans le monde? Et ces manifestants, ce sont des ignorants, des hérétiques qui veulent empêcher les multinationales d’accomplir ce magnifique geste de bienfaisance…

Nous avons quitté l’époque postindustrielle pour entrer dans l’ère de l’information. Le pouvoir appartient désormais non plus à ceux qui possèdent et contrôlent les modes de production, mais à ceux qui possèdent et contrôlent l’information. Vous éprouvez peut-être comme moi, et à juste titre, une pointe d’admiration pour les prouesses de ces experts de la communication qui sont au service de nos gouvernements et des grandes corporations et qui parviennent à nous faire croire les pires balivernes. Mais attendez, le meilleur reste à venir. Car il est un dossier qui risque de donner du fil à retordre à nos petits futés de la désinformation et qui les obligera à utiliser leurs meilleures astuces : la question de l’eau.

On l’annonce depuis longtemps, l’eau sera un des principaux enjeux du XXIe siècle. Les puissances de ce monde se livreront des guerres, tant militaires que commerciales, pour s’en assurer le contrôle et l’accès. On estime que d’ici l’an 2025, les deux tiers de la population mondiale n’auront pas suffisamment d’eau. En 2020, la Californie aura un déficit en eau équivalent à sa consommation actuelle. Pas étonnant que le Canada, qui détient à lui seul 20 p. 100 des réserves d’eau potable de la planète, jongle actuellement avec la tentation d’offrir une partie de ses réserves hydriques au plus offrant.

De l’eau, nous en avons à revendre, alors pourquoi ne pas la partager avec autrui? Cet argument ne serait à prime abord pas nécessairement déraisonnable si ce n’était du cadre dans lequel sera effectué le commerce de notre richesse hydrographique. Dans le contexte commercial nord-américain actuel, régi par les dispositions de l’ALÉNA, permettre l’exportation massive de notre eau serait faire preuve d’une insouciance inouïe, d’un manque impardonnable de vision à long terme. L’élément-clé de la question du commerce de l’eau est le tristement célèbre article 11 de l’ALÉNA, qui fait des investisseurs des sujets de droit international, statut réservé jusque-là aux États. En vertu du principe de traitement proportionnel, établi par l’article 11, toute restriction qu’un gouvernement voudrait imposer à des compagnies de l’extérieur doit être assortie de restrictions identiques sur le plan national. En d’autres mots, une fois que l’on aura commencé l’exportation vers un autre pays signataire de l’accord, celui-ci pourrait réclamer pratiquement à perpétuité la portion des eaux canadiennes qui lui a été allouée en vertu du contrat initial. Comment notre gouvernement s’y prendra-t-il pour nous faire accepter une chose pareille? Fera-t-on appel à l’âme charitable des Canadiens en les bombardant d’images bouleversantes de pauvres Californiens aux prises avec la sécheresse? Ou se contentera-t-on de nous dire que la privatisation de l’eau est la prochaine étape logique, naturelle et inéluctable de la mondialisation des marchés?

Mais peu importe les prétextes qui seront invoqués, les rassurantes promesses qui nous seront présentées, les mesures de contrôles qui seront mises en place par nos gouvernements, ceux-ci ne pourront démentir le fait que l’eau est une richesse essentielle à la vie. Une telle richesse doit absolument être protégée de tout accord de libre échange, en Amérique ou ailleurs, et ne devrait en aucun cas faire l’objet de spéculations financières. Le droit fondamental à l’eau potable doit primer sur la séduction de la commercialisation à grande échelle et sur la vague de privatisations qui déferle actuellement sur la planète.