Fire / Feu

                     

 

Local buying power

There are many
clear advantages
to buying within
our bio-region. 

These advantages
include: protecting
ourselves by
knowing where
our food comes
from; building a
closer relationship
with growers,
making it easier to
demand organic,
GMO-free fruits
and vegetables;
reducing human
impact on climate
change by
reducing the need
for transportation;
ensuring a market
for locally-grown
products; creating
jobs and building
a sustainable
economy.

 

Notre pouvoir d'achat local
  

Christelle Léger
Éco-Cocagne
Août 2001

’expression « Penser globalement, agir localement » ne s’applique pas seulement à nos actions écologiques. En fait, nos activités économiques locales ont aussi des répercussions sur l’environnement à l’échelle mondiale, puisque derrière chaque produit que nous achetons se cachent des coûts écologiques, sociaux et économiques.

Une façon de faire notre petite part au sein de l’économie mondiale est d’appuyer nos producteurs locaux. Dans les Maritimes, la distance moyenne que parcourt notre nourriture avant d’atteindre nos supermarchés est de 2 400 km. Le tiers des camions qui sont sur la route transportent de la nourriture. Une étude a révélé que la grande majorité des fruits et légumes frais vendus aux Maritimes, soit 80 %, proviennent de l’extérieur du Canada. L’industrie agricole a connu de grands changements après la Seconde Guerre mondiale : les armes chimiques ne trouvant plus preneur, les fabricants se sont tournés vers le secteur agricole pour écouler leurs produits. Les fermes familiales à produits diversifiés ont graduellement été remplacées par de grandes monocultures appartenant à quelques agriculteurs seulement. On dit que des 26 000 fermes familiales qui existaient au Nouveau-Brunswick dans les années 1950, il n’en reste que 3 000, dont la grande majorité se sont transformées en entreprises à grande échelle. Toutes les connaissances agricoles qui étaient transmises depuis des générations sont pratiquement perdues, les anciennes méthodes ayant été remplacées par une dépendance sur les pesticides et fertilisants chimiques. Environ 90 % du prix des fruits et légumes sert à couvrir les coûts de transport, de transformation, de commercialisation et du magasin de détail. Il ne reste donc que très peu à l’agriculteur. L’augmentation des coûts de production fait en sorte que les agriculteurs d’aujourd’hui ne gagnent pas beaucoup plus que leurs grands-parents. Cette triste situation dans le milieu agricole pousse bien des jeunes à quitter la ferme pour se trouver du travail plus rentable. Les terres arables sont abandonnées, et notre approvisionnement n’est plus assuré au niveau local. Pourtant, nos communautés rurales devraient être capables de nous rendre autosuffisants sur le plan alimentaire.


(photo: Christa McMillan)

Quels sont les inconvénients à importer nos aliments, s’ils sont disponibles au même prix, et s’ils font vivre des agriculteurs de pays en développement? D’abord, le coût énergétique pour produire ces aliments est trop élevé pour être viable. Plus la distance entre le producteur et le consommateur s’agrandit, plus l’énergie associée au transport, à l’entreposage et à la commercialisation des aliments augmente. L’utilisation accrue des camions de transport contribue à une plus grande consommation d’essence, et a donc une plus grande incidence sur la pollution de l’air et les changements climatiques. Ensuite, les normes de production ne sont pas les mêmes dans les pays où la production est dictée par les gouvernements. Certains produits chimiques qui ne sont plus permis au Canada, comme le DDT, sont encore utilisés par certains pays de qui nous importons. Cela veut dire qu’en choisissant d’acheter un tel produit, nous encourageons la pollution d’un champ agricole, d’une famille d’agriculteur, de travailleurs d’usines, etc., ou encore la disparition des forêts tropicales et des cultures de subsistance. La venue des organismes génétiquement modifiés (OGM) vient aussi compliquer le problème.

L’alimentation mondiale est contrôlée par une douzaine de multinationales, pour la plupart sous contrôle étranger. Au Canada, environ 5 chaînes alimentaires accaparent à elles seules 80 % du marché. Cette concentration du contrôle par quelques sociétés entrave la capacité des agriculteurs d’obtenir un prix raisonnable pour leurs produits. Bien souvent, les acheteurs peuvent négocier les prix entre les agriculteurs d’une même région, les encourageant ainsi à se concurrencer plutôt que de travailler ensemble, comme autrefois. Encore pire, la situation actuelle contraint les producteurs locaux à faire concurrence avec ceux des pays en développement. Le prix d’un produit devrait être fondé sur les coûts de production, et non dictés par un acheteur. Une telle situation rend les agriculteurs à la merci des conditions du marché, et réduit leur indépendance et leur capacité d’absorber les fluctuations de prix.

Voilà un triste tableau de l’industrie agricole actuelle! Mais ne désespérez pas : chacun de nous peut améliorer les choses en choisissant d’acheter des produits de sa bio-région. Les marchés agricoles sont l’endroit idéal pour rencontrer les producteurs, puisqu’ils sont là pour vendre leurs produits directement aux consommateurs, et ne passent pas par un intermédiaire. On peut donc poser des questions et ainsi influer sur la production des aliments que nous consommons, en plus d’assurer un revenu plus équitable au producteur. Les coopératives alimentaires et les détaillants indépendants travaillent aussi de près avec les producteurs.

Au dire des agriculteurs, cet impact ne se fait pas seulement sentir sur la croissance du créneau biologique, mais sur toute la communauté agricole. Les producteurs sont mieux sensibilisés aux demandes des consommateurs, et peuvent ainsi déceler les tendances et les besoins de leurs clients. Grâce à la pression des consommateurs, certains fermiers commencent à changer leurs pratiques agricoles et à réaliser que les gens se méfient des OGM. Pour continuer l’effet boule de neige, certains gouvernements changent même de tendance et concentrent leurs recherches sur les méthodes non chimiques, afin de répondre à la demande des producteurs. Certaines entreprises avant-gardistes n’offrent que des produits locaux, et préfèrent diversifier leurs produits plutôt que d’augmenter leur production pour l’exportation.

Il ne faut pas sous-estimer notre pouvoir d’achat. En modifiant nos habitudes de consommation pour acheter plus de produits locaux et moins de produits de l’extérieur, nos agriculteurs, notre économie et notre environnement ne s’en porteront que mieux!