First the cod, now the forests!

Ever since the pulp and paper industry took hold, the "forest barons" have done as they please, says author Yvon Moreault, without paying any attention to politicians, civil servants, and certainly not to lumberjacks.

In the 1960s, the alarm sounded: for the greater good of the people of New Brunswick and the health of the forests, the province must take back control of the resource. In retrospect, it is easy to see what happened in response to this warning. Industry lobbyists pushed back - hard - and, according to Moreault, the result was that any attempt by the province to manage the forests in a rational and sustainable way was sabotaged by the forestry industry.

In 1982, Minister Bud Bird gave industry virtually complete control of the forests. He put industry-friendly academics in high positions in the Department. Their job was to manage the forests and they had the tools they needed to do so properly. However, they did just the opposite.

The system put in place in 1982 is still in place today, which has lead to a disastrous situation in New Brunswick's forests.

Après le désastre de la morue, celui de la forêt!

Yvon A. Moreault, RPF (1963-1997)
Forestier régional à la retraite
Ministère des ressources naturelles du Nouveau-Brunswick
mai 2008

epuis les débuts de l'industrie des pâtes et papiers, ses " barons forestiers " ont agi à leur guise sans trop se soucier des politiciens et encore moins des fonctionnaires. Les bûcherons toujours nombreux et dépendants n'étaient souvent pas mieux traités que les bêtes de somme des chantiers.

Toutefois, à partir de la fin des années cinquante, une nouvelle ère s'est annoncée avec la syndicalisation des bûcherons et le début de la prise en main des forêts publiques par la province. Ces forêts avaient toujours été sous-exploitées et seraient sous peu exploitées à pleine capacité. D'où le potentiel de compétition pour la fibre et des conflits pour son contrôle.

Vers la fin des années soixante, des forestiers du ministère en région commencèrent à exercer leurs responsabilités vis-à-vis les forêts publiques. Peu de temps après, deux hommes sonnent le réveil. R.L. Bishop, sous-ministre et R.W. Tweedale annoncent que, pour le bien de la population et pour le bien-être de la forêt, la province devait reprendre le contrôle des forêts publiques.


Toutefois, à partir de la fin des années cinquante, une nouvelle ère s'est annoncée avec la syndicalisation des bûcherons.
(photo :  CBC)

En rétrospective, on reconnaît l'époque des révolutions possibles. Et plus les rêves étaient grands, plus grandes ont été les réactions des puissants lobbys industriels. Toutes les initiatives de la province pour aménager les ressources naturelles de façon rationnelle et surtout durable qui pourraient contrer les intérêts industriels ont été sabotées systématiquement par l'industrie forestière.

Vers 1982, le ministre Bud Bird a orchestré le retour du contrôle de l'industrie sur les terres publiques avec une main de maître. Il a commencé par introduire au plus haut niveau du ministère des universitaires et des enseignants déjà voués à l'industrie afin d'en prendre la direction. Ces "intellos-forestiers " n'avaient aucune expérience pratique d'aménagement des ressources forestières publiques.

Au départ, les 10 permissionnaires1 étaient soumis à plusieurs conditions qui auraient peut-être pu mener à bien l'aménagement des ressources. Mais en pratique, il en a été tout autrement. Plusieurs de ces conditions n'avaient été mises en place que pour mieux vendre politiquement le cadeau du contrôle des forêts publiques à l'industrie. Les permissionnaires ont fait le tri de ces conditions pour ne garder que celles qui leur étaient favorables. Des exemples : ils devaient acheter le bois des particuliers avant de pouvoir s'approvisionner des forêts publiques : cette condition fut abolie. Ils devaient entretenir les bornes des terres publiques: ce fut ignoré. Ils devaient faire la supervision des opérations des sous-permissionnaires: ce fut laissé au ministère. Et j'en passe. Mais le plus scandaleux a été d'abolir, après quelques années, le droit du ministre de modifier les conditions d'aménagement des forêts publiques sans l'accord des permissionnaires!


Plantation sur les Terres de la Couronne
(photo :  Mary Ann Coleman)

En 1987, en tant que forestier régional, j'avais la responsabilité de revoir le plan d'aménagement forestier du permis 10 (Restigouche-Tobique). J'ai refusé d'en recommander l'approbation parce que mon analyse m'avait convaincu que la récolte proposée n'était pas soutenable comme elle devait l'être selon les normes. Au bout de quelques semaines, l'approbation du plan s'est faite " au niveau politique " sans la recommandation du responsable forestier régional attitré. C'était une première historique qui allait se répéter par après. On venait d'apprendre que toute la maîtrise de l'aménagement forestier était désormais entre les mains de l'industrie des pâtes et papiers et de leurs politiciens.

Systématiquement et de façon théorique, l'approvisionnement de fibres de conifère fut surestimé. (Voir référence 1 pour détails.) Parallèlement, un nouveau système de mesurage, " masse/volume ", impossible à vérifier d'une façon comptable, était introduit pour mesurer une grande partie de la récolte. Ce système de mesurage a été condamné partout où il a été appliqué en forêt ouverte comme c'est le cas pour les forêts publiques de la province. Alors que j'estimais le bois récolté et non comptabilisé à environ 15 %, des forestiers de confiance et impliqués directement au jour le jour, l'estimaient à plus de 25 %. Les stocks qui dans de telles circonstances devaient s'écrouler, s'écroulèrent. La plupart des moulins à scie, privés de matière première adéquate, fermèrent leurs portes ou furent achetés par des plus gros qui ont d'autres sources d'approvisionnement.

C'est le fouillis le plus total. Les permissionnaires, responsables pour l'aménagement " durable " des forêts publiques depuis 1982, ferment, vendent les usines et dans certains cas se sauvent avec les fonds de pension des employés. Les politiciens, nombre d'universitaires, des hauts fonctionnaires du ministère, tous impliqués et collaborateurs de l'industrie des pâtes et papiers, restent bouche bée et n'admettent toujours pas les défaillances évidentes de leur système d'aménagement forestier. Est-ce qu'il y a des responsables, des personnes imputables pour ce fiasco? Évidemment pas, puisque l'on ne reconnaît pas encore le fiasco monumental et l'effet terrible qu'il a et aura sur de multiples communautés et même sur l'économie entière de la province.

Aujourd'hui, la situation forestière au Nouveau-Brunswick est désastreuse. Après la fermeture de la plupart des petites et moyennes usines de sciage, puis celle de papetières importantes, il ne reste effectivement qu'un permissionnaire qui à beau jeux d'aménager la forêt publique à sa guise avec la bénédiction des mêmes collaborateurs qui ont appuyé les stratégies qui ont menées à ce désastre sans précédant dans l'histoire du Nouveau-Brunswick.

[1] Pour plus de détails, voir le site suivant :  http://www.forestsfornb.org/docs/yvon_jp.pdf