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Sentinelle Petitcodiac Daniel LeBlanc consacre ses efforts à
l'énergie éolienne et à sa chronique hebdomadaire dans le quotidien
L'Acadie Nouvelle. La directrice générale par intérim des
Sentinelles, Renée Morel, l'a rencontré récemment pour discuter des
effets des changements climatiques sur le bassin versant de la
rivière Petitcodiac au cours des mois et années à venir.
RM : Le réchauffement planétaire et
les changements climatiques sont des sujets " chaud " ces
jours-ci. Comment ces perturbations pourraient-elles affecter la
rivière après la suppression du pont-chaussée?
DL : La restauration de la rivière
pourrait avoir un effet positif sur la prévention des inondations et
l'amélioration des conditions du microclimat le long du bassin
versant. Selon l'étude d'impact environnemental, un mascaret
restauré représenterait un va-et-vient quotidien de millions de
mètres cubes d'eau le long de la rivière (jusqu'à 20 km en amont du
pont-chaussée actuel). Ce flux, par exemple, chasserait les
sédiments accumulés et réduirait les risques d'inondation autour du
rond-point de la rue Main à Moncton. Le mascaret comporte également
des avantages de microclimat pour notre région. En été, l'arrivée
de la marée du mascaret, qui amène les eaux plus fraîches de la
Baie de Fundy, fait chuter la température de plusieurs degrés. En
hiver, c'est l'inverse qui se produit parce que l'eau de la Baie de
Fundy est alors plus chaude que l'air.

(Photo : Sentinelles
Petitcodiac)
RM : Selon les prédictions liées au
réchauffement climatique, les saisons des ouragans seront plus
fréquentes et plus longues dans l'océan Atlantique. Quelles seraient
les conséquences si l'un d'eux frappait ici?
DL : Il est difficile de prédire quand
un ouragan atteindra notre région. Le dernier gros ouragan à frapper
la Baie de Fundy était la tempête de Saxby en octobre 1869, alors
qu'une onde de tempête de deux mètres avait causé des inondations
importantes. Aujourd'hui, une tempête semblable causerait des
inondations à des sections du centre-ville de Moncton, à toute la
Place Champlain et à des parties de l'Université de Moncton. Si cet
ouragan se produisait lors de la marée haute, et au moment d'une
pleine lune ou d'une nouvelle lune, comme ce fut le cas en 1869, les
eaux de la Petitcodiac pourraient passer par-dessus le pont-chaussée.
D'autres voies de circulation seraient inondées, telles le boulevard
Wheeler, la route 114, et la rue Amirault à Dieppe, qui traverse des
terres marécageuses. D'autres routes le long de la rivière
subiraient également le même sort. Tout ce qui se trouve à moins
d'un ou deux mètres sous le niveau de la mer et au-dessus de la
laisse de haute mer actuelle pourrait subir des inondations
importantes.

(Photo : Sentinelles
Petitcodiac)
RM : Qu'arriverait-il au système de
digues? DL : Eh bien, toutes les terres marécageuses sont en fait des
" plaines inondables ", donc vulnérables aux inondations.
RM : Qu'en est-il des prédictions
quant à la hauteur des précipitations et l'élévation du niveau de
la mer? DL : Des précipitations accrues sont attendues pour l'Est du
continent nord-américain. Des crues subites pourraient donc survenir
et inonder les rues, les rez-de-chaussée des édifices, et les
voitures en quelques heures seulement, comme cela s'est produit
récemment dans le nord de l'Europe. Pour ce qui est de l'élévation
du niveau de la mer, nos infrastructures d'égout pourraient être
très vulnérables puisque la plupart se trouvent en moyenne à un
mètre au-dessus du niveau de la mer.

Daniel LeBlanc
(Photo : Sentinelles Petitcodiac)
RM : Qu'en est-il des canicules et des
sécheresses? DL: Notre approvisionnement en eau potable pourrait
être grandement perturbé par des périodes de sécheresse. Ce n'est
pas quelque chose de fréquent dans notre région, mais sait-on jamais…
Notre région pourrait cependant connaître des périodes de canicule
comme celles qu'ont connues le Midwest américain et le centre du
Canada. Les villes sont plus vulnérables à cause de l'effet de serre
localisé. Les gaz à effet de serre sont à craindre, car ils sont
liés à une hausse de température. D'ailleurs, on prédit qu'à
l'échelle planétaire la température moyenne pourrait augmenter d'au
moins deux degrés d'ici l'an 2050. Cet accroissement pourrait
provoquer la disparition de près du tiers des espèces animales de la
planète, et je souligne que c'est là un scénario optimiste.
Sentinelles Petiticodiac a comme
mission la restauration, la protection et la promotion de
l'intégrité écologique des bassins versants des rivières
Petitcodiac et Memramcook et de l'estuaire de la baie de Shepody.