Forest certification: An exercise in propaganda?

Forest certification is often touted as a way to save our forests, by reassuring consumers that the products they purchase have been produced in an environmentally sensitive manner.

Despite the "rigorous" evaluations that certification programs offer, authors Yvon Moreault and J. Denys Bourque still question the process.  

In principle, the certification organizations are completely independent and impartial. However, these authors' experience tell them that some certification organizations are more "accommodating" than others.  For example, there's nothing inherently wrong with inspecting a forest in February instead of in September, but isn't it difficult to evaluate environmental degradation under three feet of snow?

La certification forestière : 
un exercice de propagande ?

Yvon A. Moreault, R.P.F. (1963-1997)
Forestier r
égional à la retraite
Minist
ère des Ressources naturelles et de l'énergie du Nouveau-Brunswick
J. Denys Bourque, R.P. F. (1976 - )
Ing
énieur forestier-conseil
décembre
2006

epuis une dizaine d'années on parle beaucoup de la certification forestière comme moyen de sauver nos forêts. L'idée générale est que la certification assurerait le consommateur que les produits forestiers " certifiés " sont le résultat de pratiques absolument sympathiques à l'environnement.

Règle générale, les agences de certification, en principe des tiers indépendants, examinent les pratiques d'une compagnie forestière, constatent ce qu'il y a lieu de constater et " certifient " le cas échéant que ladite société aménage la forêt d'une façon conforme aux principes et critères de l'organisme de certification retenu ou / et que les produits qui en sont tirés le sont aussi.


(Photo: RENB)

Il ne saurait faire aucun doute que la certification donne aux compagnies certifiées un avantage certain en ce qui a trait à la commercialisation de leurs produits. En principe, cet avantage serait tel que les consommateurs, par le biais de la demande croissante pour des produits sains aux plans environnemental et écologique et des agences de certification interposées, en arriveraient à contrôler les pratiques forestières et à protéger les industriels de leur propre appétit vorace et (auto)destructeur.

Il y a ici matière à plusieurs doctorats. Google fait référence à plus d'un demi-million de sites sur le seul sujet de la " certification forestière ". Mais est-il nécessaire de lire tout ça et d'étudier pendant des années pour évaluer ce phénomène ? Nous, qui sommes tous deux ingénieurs forestiers, prétendons le contraire. Voyons un peu.

Schèmes de certification

Au Canada, trois grands schèmes de certification forestière existent : 

  • Le Conseil de la responsabilité fiduciaire de la forêt (" Forest Stewardship Council "), organisme international seul reconnu valable par le milieu environnemental. Les normes du Conseil de la responsabilité fiduciaire de la forêt sont définies par des représentants d'organismes environnementaux et de sociétés industrielles et commerciales des régions concernées1 et cela, dans le strict respect de principes et critères généraux ayant fait l'objet de discussions exhaustives à l'échelle mondiale, lesquels intègrent les aspects environnemental, écologique, économique et social de la foresterie.
  • La " Sustainable Forestry Initiative ", création de l'industrie forestière états-unienne, qui a élaboré ses propres critères d'évaluation et de contrôle. Certains vont jusqu'à dire que l'industrie a développé ce schème afin de pouvoir se dire " certifiée " même sans se conformer aux normes environnementales et écologiques plus strictes du Conseil de la responsabilité fiduciaire de la forêt.
  • La très semblable Association canadienne de normalisation. Dans ses grandes lignes, c'est l'industrie elle-même qui définit les normes d'évaluation.

Un quatrième programme, celui de l'Organisation internationale de normalisation, vise les sociétés forestières en tant que sociétés et les compagnies certifiées de l'Organisation internationale de normalisation peuvent en être fières, mais ce programme n'a rien à voir avec l'aménagement des forêts comme tel.

Le processus d'évaluation

Le processus d'évaluation se déroule généralement comme suit. D'abord, la compagnie forestière intéressée par la certification retient une maison d'évaluation parmi celles qui sont agréées par le schème favorisé2, laquelle est tenue de se plier aux règles de l'organisme de certification. Ces règles varient de façon significative, de l'approche aux inspections terrain, au contenu et à la façon de rapporter les résultats, et vont de l'opaque au transparent selon l'organisme et les clauses du contrat entre la maison d'évaluation et la compagnie évaluée.

Les maisons de certification agréées sous les différents schèmes sont en principe tout à fait indépendantes et impartiales. Mais l'expérience nous permet de retenir la possibilité que certaines puissent être plus accommodantes que d'autres. Nous ne suggérons aucunement par là que les sociétés conseil et les évaluateurs qu'elles emploient soient malhonnêtes, seulement que certains peuvent être plus " accommodants " que d'autres, entre guillemets. Pour illustrer ce point, accepter de faire une inspection en février plutôt qu'en septembre n'a rien de malhonnête en soi, mais nous savons tous, par exemple, qu'il peut être difficile d'évaluer certains dommages environnementaux ensevelis sous un mètre de neige ! 3


(Photo: RENB)

Nous deux, et bien d'autres personnes aussi, estimons qu'il existe plusieurs vices à corriger pour que la certification forestière soit réellement transparente et valable. Ceci est d'autant plus important lorsque certains schèmes tirent, ou servent à tirer, des conclusions quant à la capacité de l'industrie à gérer et utiliser les ressources publiques de façon durable. L'enjeu, comme on le constate présentement avec la fermeture d'usines, entre autres choses, est des plus importants pour la population du Nouveau-Brunswick tout entière.

On voit une telle faute dans le rapport de janvier 2006 de la société conseil KPMG PRI sur les forêts gérées par la J. D. Irving ltée. et soumises aux fins des certifications de la " Sustainable Forestry Initiative " et de l'Organisation internationale de normalisation (ISO 14001)4. Selon le rapport en question, les opérations forestières, coupes et chemins examinés aux fins de l'évaluation avaient une superficie totale d'environ 
40 000 ha, répartie en milliers de parcelles, sur les 
2 693 000 ha que gère la société Irving5. On y lit entre autres, que les cinq inspecteurs de la KPMG PRI, guidés par un représentant d'Irving, ont mis 10 jours en février et octobre 2005 pour effectuer les visites terrain. Sans questionner l'utilité de telles inspections en plein hiver, les cinq évaluateurs de la société conseil auraient donc inspecté et évalué quelque 
4 000 ha par jour, ce qui équivaut à 7 400 champs de football canadien ! 6

Nous, qui avons passé des années à inspecter forêts et coupes, retenons la possibilité qu'on ait bien pu manquer quelque chose, mais chacun est libre de tirer ses propres conclusions.

Notes :
1. Un groupe de travail a été constitué pour établir des normes de certification du Conseil de la responsabilité fiduciaire
de la forêt pour la région forestière acadienne qui couvre la plus grande partie des Maritimes. Ce groupe a réussi à résister à de multiples - et intenses - pressions exercées sur lui pour faire diluer les critères de certification FSC pour la zone visée. 
2. Une douzaine de compagnies, de fondations, d'associations etc. ici
3. Pour bien saisir le contexte forestier de cet aspect important de la question, voir le site Web suivant: http://www.nosforetsnb.org/docs/yvon_jp.pdf
4. Voir : http://www.aboutsfb.org/AuditPDFs/JDI_Report_05.pdf
5. La superficie totale sujette à inspection représente plus de quatre fois la superficie de l'Île-du-Prince-Édouard. De plus, ces forêts sont réparties au Maine, en Nouvelle- Écosse et au Nouveau-Brunswick. 
6. Quelques précisions : " Certaines données citées ont été obtenues par déduction et, comme les autres, ont été sous-estimées par mesure de prudence / en adéquation avec les principes de la précaution. " Les données numériques ont été arrondies afin d'alléger le texte.