The Brook

In this short story, Paul Lalonde uses a dialect of Acadian French spoken in southwestern Nova Scotia, which adds to the mood of this piece of writing. Paul describes a walk through the woods, where he stops to look at a dried-up brook, resembling a tunnel through the forest. As he listens to the birds chirp and feels the bugs biting him, a rain storm begins. The storm soon stops but the bird continue chirping. In his mind, Paul envisions the rain continuing so that the brook fills up and runs through the forest again.

Le Rousseau

Paul Lalonde
juin 1998

Note de l’éditeur: Ce poème est écrit en un français propre au sud-est de la Nouvelle-Écosse.

Le rousseau était sec, malgré le printemps trempe. Mais les branches s'étirionts au-dessus de yoù ce que l'eau aurait dû d'être avec l'obstinence trantchil des âbes. Par ain accord vart, autchune plante poussait dans le canal. C'était coumme ain chemonne. Ça dounnait l'impressiaon d'ain tunnel qui travarsait la forêt- si que t'avais tcheut part à aller. Mais si t'étais contaonts, pis tu voulais point te promener, ce rousseau était coumme ain puit.

Ain puit collecte l'eau et la garde. Ce rousseau sec ramassait les affares itou.

Les chants d'oseaux, trop riches, timbiaonts dans les profondeurs, où h'étais assis coumme une truite. Les étchureaux plongions, mêmes à mes profondeurs, avec des trésors de bourlicocos. Même la tounnarre faisait scouer les calmes ombrages que les âbes faisiaonts.

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(photo: Mary Ann Coleman)

Ej djettais l'arrivée de tcheuqu'affare. C'était point la tempête, même s'il éloézait déhà. C'était point l'eau non plus. J'crois que c'était le troglodyte. H'avais hamais vu c't'oseau-là. Mais sa musique, des notes douces, ain courrant de mélodie qui est djère controlé par les baoncs de mon rousseau, était ben connue à moi. J'pouvais point me promener dans la forêt sans l'entendre.

Plusieurs fois, avec mon guide d'identificatiaon d'oseau de paré, h'avais été après le troglodyte. C'était une parte de taomps. Ej crois asteure, qu'il y a des chouses que j'sont point supposés sa'oir. Mésque le jour ed'vonne que j'savaons toute, j'cartchule que ça fera le franc Apocalypse.

En djettant pour la fin, h'avais venu icette. Ain lieu qu'avait une douzaine de sortes d'insectes qui me piquiaonts sans que h'aie eu ain naom pour une. La forêt, qui bordait le rousseau, m'emoyait point des tronnes dans les feuilles- ain ours, ain chat sarvier, ain âbe qui se mourrait.

La pluie a braqué. Le troglodyte chantait encore. H'ai trouvé une grousse roche qui m'abriquera. H'ai fais une fantaisie qu'il avait mouillé assez fort que l'eau a revenu dans le rousseau. Ain torrent qui remplissait ma petite vallée. Y timbait du ciel dans la plus grande tempête qu'avait hamais été recordée. L'eau coulait, détruisant les tronnes de la forêt avec son grondement enrâillé, jusqu'à la mar. Elle emportait toutes les truites et toutes les mouches. Elle enlevait toute la tarre riche au râs des racines des âbes. Des étchureaux se neyiaonts. Les âbes débouliaonts et leurs branches grattiaonts dans le fond du rousseau. Tout allait à tcheut part, devalant le tunnel; même le tunnel s'en allait.

Mais la pluie arrêtit pis h'ai quitté la roche. Le troglodyte a chanté.

H'ai quitté le rousseau.